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 Archives de Lignes de Coeur Partagées

mai 2008 : Epargnée pour trois sous

Ma Lynne,

"Sur les pas de Jacques"
Ma Lynne qui touche mon âme dès le réveil en quelques mots.
Devant ma rue, il y a une voie piétonnière qui se nomme Voie Lamarque. Les passants y sont nombreux car ils rentrent à pied du RER à chez eux, inversement le soir.

Un jour, je remarquais une forme humaine allongée sous des arbustes.
Un peu plus tard, je lui apportais un repas. La forme ronflait. Je m'éloignais.
Un peu plus tard, je lui apportais encore à manger et compris qu'il ronflait quand il m'entendait approcher. Cela me fit sourire. Alors je répétais plusieurs fois "Monsieur". Il finit pas bouger. Son grand corps (il était immense !) secouant son lit de fortune pour mieux m'envoyer je pense toutes les odeurs qu'il contenait. Dieu qu'il sentait mauvais. Il faisait froid. Je lui serais la main et lui proposais un café. Qu'il accepta.

De retour chez moi, je me précipitais dans la salle de bain afin de laver mes mains.
Petit à petit il se laissa apprivoiser. Il s'appelait Jacques. Il avait 55 ans. Il touchait le RMI grâce à un habitant de la ville qui l'avait aidé. Il fumait. C'est son grand frère qui lui avait tendu sa première cigarette alors qu'il avait 12 ans. Il le regrettait. Il aurait préféré ne pas fumer. Son ex-femme habitait dans la ville ainsi que son fils qui s'appelle William. Jacques avait grandi dans cette ville aussi. Il était plombier. Mais un divorce, l'alcool, le chômage, la rue.

Là, il voulait juste que la mort vienne le chercher. Il en avait assez de vivre.
Petit à petit, il sortit de sa tristesse et commença à plaisanter.

Mais Dieu ce qu'il puait.

Parfois, je venais avec de grands sacs poubelle ramasser, en retenant mon dégoût au bord des lèvres, tout ce qui trainait autour de lui. Mais très vite son lieu de "vie" redevenait une décharge malodorante.

Parfois, il faisait si froid dehors que je m'inquiétais pour Jacques. Le lendemain j'allais le voir dans la neige et partageais un café chaud. Il refusait d'appeler le 115. Il disait que jamais il n'irait là bas. Qu'il préférait mourir.

Parfois j'allais lui "rendre visite" avec mes enfants. Il leur posait des questions sur l'école. Leur conseillait de bien travailler.

Un jour, à l'approche de Noël, ses yeux brillaient de joie alors qu'il me tendait une boite de chocolat et m'en proposait un. Il était fier de pouvoir enfin m'offrir quelque chose. C'était une autre dame qui le lui avait offert. Petit à petit un réseau de femmes se nouaient autour de Jacques. Nous nous croisions dans la rue, nous parlions de Jacques, nous nous relayons quand l'une d'entre nous devait s'absenter.

Jacques. oh Jacques. Je ne peux penser à lui sans pleurer et ces larmes me rendent plus humaine.

Un peu plus tard, il a disparu alors que j'étais en déplacement. Les policiers municipaux m'ont dit qu'il avait été recueilli pas sa sœur.
Mais Jacques n'a pas de sœur.

Un jour, je suis allé voir Jean-Luc. Le SDF qui du RER. Il m'a dit que Jacques est mort. Puis quand il a vu que j'étais triste, il m'a dit "Je crois, je ne suis pas sur. Mais Jacques, il n’avait pas de sœur. Ca c'est sur'.

J'ai rêvé de créer une association qui s'appellerait "Sur les pas de Jacques". Une association de gens bénévoles pour aller saluer les SDF, leur serrer la main, converser avec eux.

Juste histoire de regarder fleurir le regard de ces écartés.

Je t'embrasse ma Lynne.


Oui, je voulais dire "merci, comme d'habitude", or d'habitude je lis et vous ne le savez pas. Vous ne savez même pas si j'ai eu le message. Donc cette fois - ci je confirme l'avoir lu et ressenti.

Il y a plusieurs carrefours dans la région et chacun de nous a son mendiant et ses sentiments dus à la situation ainsi créé.

Bonne soirée du 1er mai

-Marek


Bonsoir Lynne,

C'est la première fois que je prends le temps de répondre à l'une de tes lettres que je lis avec respect tous les mois.

Elles ne sont pas toujours en phase avec mon "actualité" du moment mais appellent toujours à une réflexion profonde et cela me plaît. Merci Lynne.

Celle-ci fait écho plus "vivide ment" (sorry) cette fois car il y a une synchronicité incroyable avec ce que je vis depuis quelques jours.

Je suis sur le point d'acheter une péniche car j'ai des amis qui partent dans le sud.

Je connais ce lieu, il m'inspire, me ressource, est mien (pas officiellement mais au sens je me l'approprie comme si) !

C'est pourquoi quand les banquiers ont refusé de nous suivre dans cette aventure cette semaine ... je suis passé par une petite journée de désespoir.

Ce que cette lettre a évoqué chez moi c'est l'écho qu'elle m'a renvoyé.

L'une d'elle est de tendre la main, comme le vieil homme du feu rouge. Evidemment, pas dans la rue en ce qui me concerne.

Mais cela me mets face à mes propres limites : Oser réclamer de l'argent à quelqu'un ... mais vous n'y pensez pas !

Ben si, j'y pense et ça me fait mal.

Car tout n'est pas encore perdu, j'ai encore envie d'y croire, et suis donc en recherche de solutions.

J'aimerais tellement être capable de faire face toute seule, tout le temps, ne jamais avoir à demander.

Je fais face maintenant depuis presque 5 ans avec des hauts, avec des bas, mais tout au long du chemin, j'y arrive.

Alors pourquoi cela ne continuerait pas ainsi, hein ? Pourquoi ces doutes ? C'est l'âge ? me dit Bertrand ! La raison ? quand on vit rue des folies depuis 8 ans !

La peur de perdre quelque chose que je n'ai même pas ? Certainement !
J'ai déjà projeté tellement ! Est-ce bien raisonnable ? Non, sans doute pas !
Mais si près du but !

Bertrand termine ses études en juin, a trouvé un cabinet, il s'installe dans le XVIème et reprend une clientèle à partir de septembre.

Si près d'un lieu de vie qui nous ressemble, qui est nous. C'est dur et ça fait mal !
Tout cela pour 3 mois de trésorerie négative.

Alors faire appel à la famille, au réseau pour passer ce dernier cap, pourquoi pas ?

Si je ne le fais pas j'aurais la satisfaction de devenir raisonnable, plus mûre, adulte quoi.

Si je ne le fais pas et que j'apprends qu'incidemment "on" aurait pu m'aider si j'avais su demander de l'aide, je le regretterais.
Si je le fais et que ça ne marche pas, j'aurais au moins la satisfaction d'avoir tout tenté pour faire aboutir mon projet et j'aurais des dettes.

Si je le fais et que ça marche, je ne comprendrais même pas que j'aie pu passer autant de temps à me poser des questions.

La vie nous apporte de drôles de choses sur lesquelles méditer.
Seulement je n'ai pas toujours le temps et l'énergie de m'arrêter pour y penser. Je ne peux tout simplement pas me le permettre aujourd'hui.
Pour preuve ! Une mission de recrutement qui n'en fini pas, un client qui ne respecte pas ses engagements, voilà les nouveautés de 2008.
Et à côté de ça une signature d'un coaching indiv + équipe décroché facilement, avec 1/3 du règlement total tout de suite, simplement en demandant.
Des super RDV en perspective, des propals envoyées.
Bref, il me faudrait une petite mission à 40 K€, signée et là peut-être que mon banquier serait plus souple et que je n'aurais pas à demander à mes proches.

D'un autre côté, je le comprends ! Il se base sur l'existant et en ce moment ce n'est pas bien brillant.

Mais dans quelle mesure c'est toujours à moi de prendre et d'assumer le risque ?

N'y a -t-il pas une façon de faire plus simple et plus sereine ? Si sans doute, en laissant le temps au temps. Ce qui met à mal mon impatience.

Et l'imprévu, et les opportunités, et la foi ?

Et les synchronicités encore une fois : je n'avais même pas reçu le mail qui annonçait qu'ils vendaient leur péniche ! Et pourtant je reçois les autres ?

Alors voilà à chaud ce que j'avais envie de partager avec toi. C'est l'enjeu qu'il y a derrière, qui est important.

Mais nous savons par ailleurs que si cela ne doit pas se faire, c'est ok.

En attendant, nous allons nous concentrer sur ce qui dépend de nous.

Amitiés
-Naik


Bonjour LYNNE

C'est un ravissement pour moi de te lire et si je déplore de part mon éloignement géographique de ne pouvoir assister à tes réunions, je n'en garde pas moins un excellent souvenir de notre petit bout de chemin fait ensemble et je repense souvent à l'exercice que tu nous avais proposé où tu nous imaginais en ...
pour moi c'était tuteur de tomates et je peux te dire que tu ne t'étais pas trompée et quelques trois années plus tard, le tuteur fatigué parfois d'avoir tant porté se retire fier et ravi d'avoir permis de lancer seul ses tomates qui n'ont plus besoin de lui en tant que tuteur mais parfois pour y venir chercher un peu d'appui que je suis toujours bien sûr ravie d'apporter... Je t'embrasse et peut être as tu eu des personnes qui se sont inscrites à tes formations car j'en ai conseillé trois

Au plaisir
-Christine


Thank you Lynne : lovely, lovely, lovely and rich food for thought ...
-MF


Bonjour,

Moi j’en suis à un point assez proche, puisque justement on en parle. Il y a dans la rue de Bordeaux, près de mon travail un homme d’une cinquantaine d’année avec une guitare, qui depuis quelques semaines chante. Il a une très belle voix et je suis gênée qu’il soit dans la rue. Sa voix est chaleureuse un peu comme celle de Georges Brassens. Je ne sais pas quand je lui donnerai mon obole et c’est très gênant car j’ai honte qu’il soit avec ce talent à la rue. Sur l’échelle de la gêne je suis à 7/10 et j’aimerais descendre à 3 !

Cordialement.
-Caroline


Hé bien voilà une lettre qui me touche, comme bcp d'autres signées de Lynne.

Par pudeur et timidité, je n'ai pas répondu aux pensées précédentes. Là je me sens peut être plus à l'aise.

Plus à l'aise parce que je donne ma chemise, mon argent, mon temps, mon énergie, mon sourire sans compter et sans souffrir à quiconque me demande qq chose . C'est si naturel pour moi que je ne m'en rends même pas compte. Ce sont mes proches et ceux qui m'accompagnent qui me tirent par la manche en m'invectivant, furieux que je donne "à tord et à travers". Depuis 15 ans, mon amoureux essaie de me "ré éduquer" à ne pas donner, à devenir égoïste. Sans succès.

Depuis qq. temps, je travaille avec une personne incroyable à Mons en Baroeuil et que je recommande à tous ceux qui veulent s'engager dans un développement personnel bienfaiteur. A propos du don, elle a posé les mots suivants pour m'aider à me protéger : elle m'a invité à arrêter de donner "de la confiture aux cochons". Et c'est peut être ce qui finalement devait être dit.

Dans le don inconditionnel, je trouve mon compte. Mais finalement, qu'est ce que j'attends par ailleurs en échange???

En étant plus sélective, plus éveillée à la pertinence du don, plus juste aussi, peut être y a t il plus d'ouverture du cœur.... Et ce que je reçois en échange? La lumière d'un sourire, une part d'humanité, un regard chaud, le bonheur d'être en vie, la joie d'être assez gâtée par la vie pour la partager... Tant de choses!

Alors sur mon échelle intérieure, je suis bloquée à 10 depuis toujours, et je compte bien y rester!

Bizzz à toi,
Et à très vite
-Guillemette

 


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